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Bankster, le jackpot de l’économie criminelle : l’intégrale

Woodward et Newton | bakchich.info | vendredi 3 août 2012

vendredi 3 août 2012

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Bankster, le jackpot de l’économie criminelle : l’intégrale
Woodward et Newton | bakchich.info | vendredi 3 août 2012

Finis les costumes rayés et les braquages. La délinquance en col blanc minimise les risques, mutualise les pertes et maximise les profits. La forme la plus moderne et la plus rémunératrice de truanderie.

 

Les Prime Banks anglo-saxonnes sont-elles devenues la forme la plus achevée de la grande criminalité organisée ?

La question, un brin loufoque voire franchement polémique de prime abord, l’est nettement moins si l’on examine attentivement le comportement des premiers au cours des 15 dernières années.

 

Comme chacun peut le découvrir avec effroi ou résignation à la lumière de l’actualité planétaire accessible via Internet, le « marché » de la grande criminalité organisée s’est lui aussi mondialisé. 

 

Par rapport à ce « marché » global, l’évolution du « segment » de la délinquance et/ou de la criminalité dites « en col blanc » est absolument fascinante. Dans cette dernière catégorie, les actes recensés et imputables aux géants bancaires anglo-saxons et à leurs dirigeants (« banksters ») certes souvent non sanctionnés mais présentant néanmoins une qualification pénale, sont en pleine explosion.  

 

Ça s’explique d’abord par leur impunité quasi généralisée. Mais aussi, paradoxalement par la multiplication des plaintes et la plus grande sévérité – apparente cela va sans dire - des autorités locales de régulation, de contrôle et de sanction, dotées qui plus est, de ressources conséquentes à l’échelle du pays. L’existence des fameuses « class-actions » permettant des poursuites judiciaires collectives menés pour des préjudices unitaires même modestes par des cabinets d’avocats véritables mastodontes spécialisés qui carburent intégralement au success-fee, y est également pour beaucoup.

 

Le crime organisé 

comme business model bancaire

 

En déduire que le virus ne s’est pas encore propagé au vieux continent serait néanmoins très hasardeux. Ne serait-ce qu’à à la lumière des enquêtes en cours sur l’ahurissante manipulation du Libor, pour lesquelles, outre la Barclays, des soupçons pèsent désormais sur la HSBC, le Crédit Agricole, la Société Générale et la Deutsche Bank dont des traders auraient pu être membres du présumé réseau amical de Philippe Moryoussef qui faisait dans les euroswaps chez Barclays… 

 

La SocGen quant à elle, qui se veut irréprochable à défaut d’avoir été distinguée pour la qualité du contrôle de ses risques, vient de décider de son plein gré et sans admettre de faute, de rembourser 11 millions de dollars à ses clients fortunés de Hongkong sur lesquels elle avait eu la main un peu lourde de 2003 à 2006 au niveau des tarifs…

 

Too big to jail

 

Contrairement aux bonnes vieilles attaques de diligences, aux braquages et autres cambriolages, aux violences contre les personnes ou à la délinquance astucieuse, aux trafics d’êtres humains de toutes sortes commis par des individus contre d’autres individus, généralement peu nombreux, les auteurs des larcins bancaires ont compris tout l’intérêt de la protection que leur prodigue la personne morale qui les emploie. 

 

Il en résulte que leur « business model » a progressivement intégré la mise en œuvre d’actions criminelles, dès lors qu’elles rapportent tant à la banque qu’à ses salariés qui en sont les auteurs, plus gros que l’activité bancaire traditionnelle, comme le démontreront amplement les exemples qui suivent.

 

 

Pour des raisons sur lesquelles on ne reviendra pas, ces personnes morales ont par ailleurs atteint une telle position stratégique d’un point de vue macroéconomique que le pouvoir politique bluffé ou connivent, s’est cru obligé de les sanctuariser : c’est le fameux « too big to fail » qui a permis aux banquiers malfaisants mus par la rapacité et obsédés par la taille de leur bonus, d’utiliser la banque - maintenue à flot quoi qu’il arrive - pour les aider à commettre leurs crimes tout en les protégeant dans une écrasante majorité de cas, de toutes sanctions individuelles pénales ou civiles (« too big to jail »)

 

 

 « La politique n’est rien de plus que de la prostitution légalisée »

 

A ce jour, c’est Gerald Celente, un découvreur de tendances sociologiques lourdes sévissant au sein du « The Current Trends Journal » qui a eu les mots les plus durs pour l’indulgence excessive voire la soumission pure et simple du monde politique –US en particulier- aux avances du lobby bancaire : « La politique aujourd’hui n’est rien de plus que de la prostitution légalisée. Alors qu’une pute qui racole va en prendre pour son grade, les politiciens sont financièrement récompensés pour vendre leur âme. Cette compromission se développe, soutien contre fric et plaisirs, et c’est finalement le public qui se fait mettre…  ».

 

 

Pas non plus à cours de formules imagées, Donald J. Boudreaux par ailleurs président du Département Economie à l’université George Mason, en rajoute une couche épaisse : « qualifier les politiques de prostituées est inadapté car trop clément. Il serait plus juste de les qualifier de maquereaux puisqu’ils livrent le peuple américain sans défense au bon plaisir des géants de la finance »

 

La condamnation de Bernard Madoff reste donc un contre-exemple. Jugé et sanctionné en un temps record, il a eu le tort d’escroquer des épargnants à la fois riches et influents. Bien qu’un grand nombre de ses prétendues victimes ne le soient sans doute pas au sens habituel du terme. Les enquêtes ont en effet démontré que bon nombre d’entre elles soupçonnaient qu’une telle rentabilité ne pouvait s’expliquer que par la présence d’une mouche dans le lait. Il y aura bien un benêt pour prendre la relève se disait-on secrètement chez les clients de Bernie. Ponzi quand tu nous tiens…

 

Lors d’une interview donnée le 15/02/2011 depuis sa prison, revenant un peu sur l’auto flagellation qu’il s’était infligée au cours de son procès, le lascar a dénoncé « l’aveuglement volontaire de nombreuses banques et hedge funds qui ont fait affaire avec moi et semblent s’être montrés incapables de faire le rapprochement entre ce que je publiais officiellement et ce qu’ils savaient par ailleurs ; leur attitude a été du genre : ‘si vous faites quelque chose de mal, on ne veut pas le savoir’… »

 

 

Mieux vaut falsifier un indice financier que braquer une banque

 

Détourner des sommes « modestes » propriétés de milliers d’individus par l’intermédiaire d’une personne morale, minimise en effet les risques de se faire pincer. De plus il faudra prouver l’intention criminelle. Les voyous en beaux costards main sur le coeur plaideront bien sûr la négligence ; au pire, l’incompétence… Et si tout tourne mal, la sanction restera ultra light par rapport à celle infligée à ceux qui, pour un bénéfice infinitésimal, braquent ladite banque ou son fourgon blindé, armes de guerre à l’épaule.

 

Dans un contexte socio-politique donné, les procureurs et les juges d’instruction en charge des affaires financières pensent souvent que les preuves seront plus faciles à réunir contre la banque elle-même que contre ses dirigeants si dévoyés fussent-ils. Et c’est cette garantie de quasi impunité personnelle qui alimente et gonfle le processus, jusqu’à le rendre universellement incontrôlable aujourd’hui. 

 

William K. Black, l’un des meilleurs experts américains en criminalité financière résume ainsi le constat quasi général : « le gouvernement a créé un environnement éminemment criminogène » Vraiment ?…. 

 

C’est sûr que lorsque le malfaisant estime que le risque maximum qu’il encourt est la perte de son emploi, ce n’est pas de nature à le dissuader de se lancer dans des actes criminels susceptibles de lui rapporter une fortune dans un délai très bref. 

 

Amendes risibles, bonus monstrueux 

 

Les amendes des banques auxquels les régulateurs aiment donner un grand retentissement médiatique pour impressionner la populace qui gronde, sont bien sûr inopérantes pour mettre un terme au déferlement : elles sont de toute façon inférieures à l’enrichissement personnel que procurent à leurs auteurs directs et leurs responsables, les actes qu’elles sanctionnent. On peut même à la rigueur les mettre discrètement à la charge de la clientèle, lorsqu’elles ne sont pas tout simplement « remboursées » par les plans de sauvetage à répétition !

 

Blanchiment massif des recettes des cartels de la drogue et d’ organisations terroristes, abus de confiance et escroquerie au préjudice de centaines de collectivités locales et de fonds de pension, facturation de frais de garde de métaux précieux imaginaires, arnaques et tromperies en tous genres dans le financement de l’immobilier au préjudice de millions d’acquéreurs, dans la titrisation de créances hypothécaires et notamment la cession d’un même titre hypothécaire à une multitude d’investisseurs, revendication et saisie irrégulières des biens d’emprunteurs défaillants, manipulation du LIBOR, du cours des matières premières et même de celui de l’énergie, conflits d’intérêts à tous les étages et manquement aux obligations élémentaires de loyauté envers la clientèle, front-running à fond la caisse, délits d’initiés en cascades, tarifs illégaux,… bienvenus au royaume merveilleux de la criminalité bancaire. Découvrons donc sans tarder l’identité des accusés et leur palmarès… !   

 

 

Les grands gagnants sont….

 

 

Plus personne ne conteste aujourd’hui, la responsabilité d’un certain nombre de grandes banques dans le processus de blanchiment – massif - de capitaux d’origine criminelle. 

 

Sévèrement critiqué à l’époque pour ses prises de position catastrophistes, Antonio Maria Costa, le patron du Bureau Drogue & Criminalité de l’ONU de mai 2002 à août 2010, avait le premier, donné l’alerte en décembre 2009 lors d’une mémorable interview donnée au quotidien l’Observer :

 

« …dans de nombreux cas, l’argent de la drogue a été le seul apport en liquidités. Au cours du second semestre 2008, la liquidité est devenue le problème majeur du système bancaire et l’aptitude à en trouver est devenu un facteur décisif. Des prêts inter-bancaires ont été réalisés au moyen de fonds provenant du trafic de drogues et d’autres activités illégales…Il existe des preuves tangibles que certaines banques ont été secourues de la sorte ». 

 

Les services d’Antonio les bons tuyaux estimaient à l’époque les profits annuels du seul trafic de stupéfiants à 352 milliards de £. 

 

Les faits semblent lui avoir donné raison.

 

Il y a quelques jours, le Sous-Comité Permanent des Enquêtes du Sénat US rendait son rapport de 340 pages détaillant la manière dont le système financier américain a été perverti par des fonds provenant d’organisations terroristes, des cartels de la drogue et d’investisseurs aussi sulfureux qu’exotiques natifs de Cuba, de Corée du Nord voire du Golfe Persique.

 

 

HSBC dans la tourmente

 

Présente dans 80 pays dont les USA où elle affiche fièrement 470 succursales et 4 millions de clients, la HSBC y est littéralement taillée en pièces.

 

D’autant plus durement qu’en Avril 2003 elle s’était déjà fait taper sur les doigts pour le même motif et avait à l’époque embauché un procureur fédéral pour « s’assurer que la banque a totalement remédié aux déficiences de sa politique et de ses procédures anti-blanchiment… » 

 

Entendus par le Sous-Comité le 17 juillet, Irene Dorner, patronne de sa filiale US et son responsable des services juridiques, le sémillant Stuart A. Levey – ancien Sous-Secrétaire au Trésor pour les affaires de terrorisme et le renseignement financier, excusez du peu ! – avaient la bouche un peu sèche en début d’audition : 

 

« le rapport souligne certaines lacunes inexcusables que HSBC regrette profondément. Alors que notre vieux modèle nous a donné satisfaction dans le passé, il n’est plus adapté à un monde interconnecté dans lequel les transactions franchissent instantanément les frontières, et où les faiblesses d’une juridiction s’exportent rapidement… ». 

 

 

Le garçon faisait timidement allusion à la filiale mexicaine du géant bancaire qui s’est salement compromise avec les tristement célèbres « Casas de Cambio » locaux. Ces « bureaux de change » qui sont devenus le tout à l’égout du crime organisé du continent sud-américain. HSBC Mexico de son côté possédait elle aussi, sa propre filiale aux Iles Cayman. Laquelle en 2008, n’avait ni bureau ni personnel, mais 50 000 comptes clients et 2,1 milliards de dépôts…

 

60 trillions de dollars blanchis

 

En 2010, le régulateur fédéral yankee, le très critiqué Office of the Comptroller of the Currency (OCC) avait d’ailleurs eu des mots un peu crus envers HSBC du fait de « graves déficiences dans ses procédures anti-blanchiment ». 

 

Les « déficiences » visées avaient notamment permis de fermer les yeux sur 60 trillions de dollars (!) de virements cumulés sans aucune vérification, et l’inexploitation de 17 000 messages d’alerte relatifs à des activités suspectes…Des anomalies qui n’ont provoqué aucune réaction disciplinaire, formelle ou informelle, de la part du régulateur au cours des 6 années précédentes... 

 

C’est vrai qu’à l’époque John Dugan, boss de l’OCC avait d’autres chats à fouetter. 

 

Le 19 mars 2010, il adressait un petit mot de remerciement à un certain Martin Woods, un ancien flic de l’anti-drogue de sa très gracieuse Majesté, embauché en février 2005 par la filiale anglaise de la Wachovia Bank comme responsable local de la lutte contre le blanchiment. Faute de parvenir à secouer sa hiérarchie amorphe, Martin a, comme souvent, terminé son bail avec son employeur dans la peau d’un lanceur d’alerte :

 

« je vous écris pour vous exprimer ma satisfaction et ma reconnaissance pour votre rôle dans les actions menées contre la Banque Wachovia pour ses violations de la loi sur le Secret Bancaire…Les informations que vous avez fournies ont largement facilité notre enquête et vous avez fait preuve d’intégrité et d’un grand courage personnel. Sans les efforts de personnes comme vous, les mesures prises contre Wachovia n’auraient pas été possibles ».

 

Wachovia Bank donne carte blanche aux cartels

 

3 jours plus tôt, Douglas Edwards, vice-président de la banque reprise sans gloire par Wells Fargo, autre mammouth yankee de la finance, paraphait et signait avec les autorités judiciaires de Floride, un accord transactionnel de 25 pages, par lequel la banque reconnaissait quelques menus écarts de conduite : 

 

avoir accepté 378,4 milliards de dollars de fonds en provenance des Casas de Cambio mexicains évoqués plus haut ; l’équivalent d’un tiers du PIB du pays !

avoir fermé les yeux sur un peu de cash ayant servi à l’achat de matériel de transport employé en particulier pour acheminer 22 tonnes de cocaïne ; l’un de ses engins, un DC 9 avait été appréhendé le 10 avril 2006 sur l’aérodrome de la charmante commune de Ciudad del Carmen sur le Golfe du Mexique, avec 5 ,7 tonnes de coke inside ; séquence émotion…

 

Le tout pour une contribution-sanction destinée à démontrer sa repentance, de 160 millions de dollars. Moins de 2% de son profit de 12,3 milliards de dollars en 2009. Et surtout contre l’avis de Jeffrey Sloman, le procureur fédéral ulcéré, en charge de l’enquête qui avait un peu perdu de son flegme en apprenant la nouvelle : « Par son mépris avéré de nos lois bancaires, Wachovia a virtuellement donné carte blanche aux cartels internationaux de la drogue pour financer librement leurs opérations »…

 

Un brin désabusé, Woods porte un regard sévère sur la transaction intervenue entre Wachovia/Wells Fargo et l’administration : «  tous les policiers voulaient voir l’affaire venir devant un tribunal. Mais personne n’ira en prison. Qu’apporte la transaction à la lutte contre les cartels ? Rien. Ca ne rend pas la tâche des autorités plus aisée et ça encourage les cartels et ceux qui veulent se faire de l’argent en blanchissant leurs dollars ensanglantés. Où est le risque ? Inexistant. Est-ce l’intérêt du peuple américain d’encourager banques et cartels à se comporter de la sorte ? Est-ce dans l’intérêt du peuple mexicain ? C’est bien simple, si vous ne voyez pas la corrélation entre le blanchiment massif par les banques et les 30 000 morts mexicains, c’est que vous n’avez rien compris… »

 

Un avis amplement partagé par Robert Mazur une figure de la lutte contre le blanchiment. Le mec dont la vie a été portée à l’écran, s’est payé le luxe d’infiltrer le cartel de Cali et d’y trouver les preuves ayant permis d’engager les actions judiciaires (et accessoirement de la mettre en faillite) contre la BCCI en 1991 ; la préhistoire en somme…

 

Mêmes joueurs jouent encore

 

Partageant aujourd’hui son expérience avec les responsables anti-blanchiment des plus grandes banques de la planète au travers de sa boite de conseil Chase & Associates, Mazur ne s’encombre pas de faux semblants : « La seule chose qui puisse rendre les banques suffisamment vigilantes, c’est le cliquetis des menottes dans la salle du conseil d’administration. Un tas de gens ont été déçus de la transaction entre l’administration et Wachovia mais je sais qu’il existait des circonstances extérieures qui ont joué en faveur de Wachovia. A commencer par le fait que le système bancaire US était sur le point de s’effondrer »

 

Tout comme Costa dans un autre registre, Woods porte un regard sans concession sur les affirmations publiques selon lesquelles la régulation a fait de considérables progrès : 

 

« Après l’affaire Wachovia, aucun membre des organes de régulation n’est venu s’asseoir avec moi et me demander ‘que s’est-t-il passé ?’ ou bien ‘que peut on faire pour que ça n’arrive pas dans d’autres banques ?’ ; ça ne les intéresse pas. Ce sont les mêmes qui attaquent les lanceurs d’alerte, une position que la Financial Services Authority britannique (FSA) a adopté sur recommandation des autorités. On leur a fait comprendre que la confidentialité dont jouissent banques et banquiers prime sur le droit du public d’être informé. C’est comme ça que marchent les priorités. D’abord le secret et ensuite l’intérêt du public…New York et Londres sont devenues les deux plus grosses lessiveuses de la planète et des paradis fiscaux. Pas les Iles Cayman, pas l’Ile de man ou Jersey. La grande lessive se fait à la City de Londres et à Wall Street »  

 

Les comptes de Grimm

 

L’affaire n’a pas fait grand bruit. Pour autant, le procès en question (pièce jointe) risque d’entrer dans l’histoire comme le premier du genre mené contre la mafia new-look américaine. Vous avez dit banksters ?…

 

 United States of America v. Carollo, Goldberg & Grimm est en effet un cas d’école. Une illustration spectaculaire de l’existence et des modes opératoires des cartels bancaires déterminés dans le cas d’espèce, à se gaver au préjudice des mairies et collectivités territoriales du pays, des écoles et autres hôpitaux, bref du public au sens large.

 

 

L’ingéniosité criminelle de Dominick Carollo, Steven Goldberg et Peter Grimm, des Sopranos employés de GE Capital, filiale financière du poids lourd industriel General Electric, a trouvé à s’employer durant 10 ans, dans le secteur des emprunts obligataires municipaux. En parfaite entente c’est le cas de le dire, avec la quasi totalité des géants bancaires de Wall Street tels JP Morgan Chase, Bank of America, UBS, Lehman Brothers, Bear Stearns, et autre Wachovia.

 

 

Les cocus des emprunts municipaux

 

Un marché de 3,7 trillions de dollars ( !) de nature à inspirer les plus mauvais génies de la finance.

 

Comme chacun sait, pour faire face aux besoins de financement de leurs budgets, les municipalités comme les Etats, lancent des emprunts obligataires. Une fois levés, les fonds empruntés vont évidemment être dépensés au fur et à mesure de l’avancement des projets d’intérêt général auxquels ils sont destinés. Régler les factures de construction d’un stade peut prendre un bon moment. En attendant de devoir les décaisser, les mairies (« issuers  ») placent donc ces fonds de la manière la plus rentable possible. Ça s’appelle une saine gestion de trésorerie.

 

Ces contrats de placement (« investment agreements ») varient considérablement tant dans leur durée que par la rémunération que versent les établissements financiers (« providers ») qui vont recevoir en dépôt temporaire, les fonds des collectivités locales. Le fisc US a aussi son mot à dire, puisque la rémunération versé par les « providers » aux « issuers » sera totalement ou partiellement imposable en fonction du code général des impôts local.

 

Mon oncle Charlie pille mes économies

 

Pour des raisons historiques, ces placements entre issuers et providers sont réalisés par l’intermédiaire de « brokers » auxquels les municipalités donnent des mandats pour organiser des appels d’offre. Et c’est précisément au plus offrant des « providers » en termes de rémunération, auquel, sur recommandation du broker qu’il a chargé de l’organisation de l’appel d’offre, « l’issuer » confiera temporairement le produit de ses emprunts obligataires.

 

Des enchères dont Grimm et ses potes ont tiré largement profit en les truquant sauvagement pendant 10 ans. Au profit de leur employeur bien sûr et donc de leur intéressement personnel, mais aussi des membres du puissant cartel que les garçons ont constitué et dont ils ont assuré le fonctionnement à la satisfaction générale de ses membres et de celle des « brokers » corrompus ayant trahi la confiance de leurs mandants pendant toutes ces années. 

 

Les dindons de la farce sont les municipalités pillées et au delà, leurs habitants qui voyaient, ou plus exactement ignoraient que le coût de leurs équipements collectifs étaient salement majoré du fait des comptes de Grimm et ses compères.

 

L’arsenal complet du trucage d’appels d’offre a été déployé, permettant aux membres du cartel de remporter à tour de rôle tel ou tel ‘investment contract’ pourvu qu’il soumette une offre conforme aux instructions données par le trio d’enfer. Il n’était pas rare qu’un lauréat remporte la mise en consentant un taux d’intérêt effectif très inférieur à celui qu’il aurait proposé si les enchères avaient été régulières…

 

Le jugement du 11 mai a contraint Bank of America, JP Morgan Chase, Wells Fargo et UBS a restitué 673 millions de dollars aux municipalités grugées. Une goutte d’eau dans un océan de profit… 

 

 

C’est un peu au même genre d’arnaque, les enchères en moins, à laquelle the Bank of New York Mellon s’est livrée pendant des lustres au préjudice de fonds de pension fédéraux et d’états, dès lors qu’il y avait lieu à opérations sur devises. Le programme crapuleux se prénommait « Charlie ».

 

 C’est Grant Wilson, un trader de la maison ayant fait dans le Forex pendant 19 ans qui a lancé l’alerte. La Virginie, la Floride et l’état de New York ont déposé plainte contre la banque. Le Proc’ général de New York a estimé ses gains frauduleux à 2 milliards de dollars sur une durée de 10 ans. Les cocus ? policiers, pompiers, bibliothécaires, instituteurs, employés municipaux et autres magistrats… 

 

Bank of New York prend le Mellon

 

 

Harry Markopolos, le tombeur de Madoff, s’est joint à la fête qui a débuté fin 2011 pour leur faire rendre gorge. Lors d’une interview à King World News du 6 octobre 2011, il faisait part de son sentiment profond : « J’espère que les actionnaires des fonds vont lancer des class actions lorsqu’ils auront compris l’ampleur de la fraude. J’étais en train de me dire que si Al Qaida avait fait subir ça aux américains, Seal Team 6 (le commando de marine ayant eu la peau de Ben Laden) leur auraient rendu visite. C’est peut être ça qu’ils méritent : que les forces de l’ordre fassent irruption dans les conseils d’administration et les traitent comme la Seal Team 6 a traité Ousama Ben Laden… » 

 

Signe que l’Oncle Sam n’est pas rancunier, c’est précisément à la même banque que le gouvernement avait confié 3 ans plus tôt et à son insu de son plein gré bien entendu, au terme d’un appel d’offre opposant 70 candidates, pour une durée de 3 ans et moyennant 20 malheureux millions de dollars d’honoraires, la surveillance de l’usage qu’en font, les bénéficiaires du programme global TARP (Troubled Assets Relief Programme) doté comme l’on sait d’une bouée de sauvetage gonflée à 700 milliards de dollars.

 

Le 13 octobre 2008, peut être un vendredi ( ?) le département du Trésor retenait Bank of New York Mellon et 8 autres éclopés pour recevoir du cash destiné à leur permettre de passer une étape difficile. Le lendemain, la banque remportait l’appel d’offre. 3 semaines plus tard « l’aide » promise du Trésor était versée comme à la parade : 3 milliards de dollars in the pocket. Alors, c’est pas 20 millions de plus ou de moins qui ont fait la différence, c’est juste, « pour l’honneur » si l’on peut s’exprimer ainsi… 

 

« Une fraude inconcevable »

Jerry Brown,

ministre de la Justice de Californie

 

Citation du 20/10/2009 de Jerry Brown, ministre de la justice de Californie : « Les banquiers de State Street ont commis une fraude inconcevable en s’appropriant des millions de dollars qui appartenaient légitimement aux fonds de pension publics californiens ». Pour des faits comparables à ceux de BoNY Mellon, il demandait 200 millions de dollars de réparation.

 

En juin 2007, Morgan Stanley a conclu un accord avec les plaignants d’une class action pour leur avoir injustement facturé des frais de garde de métaux précieux prétendument achetés pour leur compte et inexistants en réalité ! 4,4 millions de dollars de dédommagement…

 

En 2006, Credit Suisse estimait que 49% de ses demandes de prêts immobiliers étaient des dossiers « trafiqués » c’est à dire dont les caractéristiques socio-financières des candidats emprunteurs avait été fictivement « améliorées ». En d’autres termes, toutes les banques US ont consenti des prêts à des emprunteurs qu’elles savaient insolvables. Les bonus des dirigeants basés sur le volume, faisaient dangereusement pencher la balance dans ce sens. Ce qu’une certaine Eileen Foster a découvert chez Countrywide, reprise en janvier 2008 par Bank of America, avant d’être licenciée le 8 septembre de la même année.  

 

Il y a quelques semaines enfin, un rapport de la Chambre des Représentants a établi que Countrywide a consenti des centaines de prêts à des tarifs super réduits, afin « d’influencer » des membres du Congrès, leurs assistants parlementaires, des membres de la haute administration et des dirigeants du colosse hypothécaire sous assistance respiratoire Fannie Mae. Aux rangs des bénéficiaires, Chris Dodd, ancien membre du Comité Bancaire du Sénat ( !)le sénateur Kent Conrad et les Représentants Elton Gallegly et Howard McKeon…

 

Il existe des dizaines d’autres exemples et le réquisitoire n’en serait que plus sévère si nous le poursuivions.

 

Terminons cependant par une note optimiste ; d’un point de vue éthique au moins : le 15 juillet 2010, Goldman Sachs transigeait à 550 millions de dollars avec la SEC pour avoir vendu des CDO (« collateralized debt obligations ») un brin frelatés aux investisseurs. Le paquet-cadeau à un demi milliard de dollars l’emballage, était désigné sous le charmant non commercial de « ABACUS 2007-AC1 ».

 

Triomphe à Sec

 

 Même en cours de décomposition avancée, les CDO de ce très cher Goldman valait toujours plus que ceux fourgués par Bear Stearns et rassemblés dans « Maiden Lane I » (jusqu’à 25,7 milliards de dollars au plus haut de la titrisation) pour lesquels, selon William Black mentionné plus haut, c’est le même titre hypothécaire qui était refilé un nombre incalculable de fois aux investisseurs, provoquant, en cas de saisie du gage consécutive à une défaillance de l’emprunteur, un encombrement dans l’entrée du pavillon…

 

Triomphante la SEC indiquait que la monnaie serait répartie à raison de 250 millions retournés aux investisseurs abusés et 300 millions au Trésor.

 

De manière presque incongru le communiqué mentionnait enfin que les poursuites étaient maintenues contre le Centralien Fabrice Tourre, l’un des vice-présidents de Goldman ; sans doute une faute de frappe au vu de tout ce qui précède…

 

A mi-avril 2010, le garçon est « remercié » par Goldman qui lui maintient néanmoins son salaire et acquitte sans broncher les factures de ses avocats. 

 

Aux dernières nouvelles, il serait devenu résident de Kigali au Rwanda. Les propriétaires immobiliers locaux ne perdent rien pour attendre… 

 

 

 

 

 

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