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Kadhafi-Sarkozy : les nouvelles révélations de Mediapart

Luc Torreele | mediabenews.wordpress.com | vendredi 16 mars 2012

vendredi 16 mars 2012

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Kadhafi-Sarkozy : les nouvelles révélations de Mediapart
Luc Torreele | mediabenews.wordpress.com | vendredi 16 mars 2012

Jean-Charles Brisard, l’auteur du mémo sur le financement par le régime libyen de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007, confirme lors d’un entretien avec Mediapart la mention du nom de l’ancien ministre de l’intérieur, Brice Hortefeux, dans le montage financier. Il affirme détenir « un classeur » et disposer « des montants, des noms, des pays, des dates précises ». L’enquêteur privé s’explique aussi sur le compte suisse d’Isabelle Copé, la sœur du patron de l’UMP, objet d’un autre mémo remis à la justice.

Ancien membre de l’équipe de campagne d’Édouard Balladur en 1995, M. Brisard a notamment confirmé la mention du nom de l’ancien ministre de l’intérieur, Brice Hortefeux, dans le montage financier.

Dirigeant d’une société de renseignements privés, JCB Consulting, basée en Suisse et spécialisée dans les enquêtes sur le financement du terrorisme, Jean-Charles Brisard avait recueilli, en décembre 2006, les confessions du médecin personnel du marchand d’armes Ziad Takieddine, le docteur Didier Grosskopf.

JC. BisardJC. Bisard© dr

« Hortefeux est cité dans le schéma. Il était le “front” en fait ; c’était lui qui était vraisemblablement le destinataire des fonds », a confié à Mediapart M. Brisard. Selon son mémo « GEN/ NS V. MEMO DG », le « montage » incluait en effet une« société BH Pan ».Comprendre : une société panaméenne liée à Brice Hortefeux, adossée à une banque suisse, dont le nom ne lui avait toutefois pas été fourni.

D’après le mémo, les « modalités de financement de la campagne » de Nicolas Sarkozy en 2007 ont été « réglées lors de la visite en Libye » de « NS + BH », en octobre 2005. Ce que semblaient déjà suggérer les notes personnelles adressées à la même période par Ziad Takieddine à Claude Guéant, directeur de cabinet du ministre de l’intérieur, aujourd’hui entre les mains de la justice (Lire notre précédent article).

Selon le “mémo Brisard”, Ziad Takieddine, chef d’orchestre depuis le printemps 2005 d’un rapprochement entre MM. Sarkozy et Kadhafi, avait été « chargé du montage ». À cette époque, le marchand d’armes voyageait en permanence accompagné de son médecin, devenu témoin malgré lui, avant d’être l’homme qui en sait trop.

« Il (Didier Grosskopf – ndlr) m’a cité deux contrats dont les rétrocommissions ont servi à ça », a poursuivi M. Brisard lors de notre entretien. C’est ultra sensible. J’ai un classeur. Il y a des montants, des noms, des pays, des dates précises ».

Comme l’indique la suite du mémo « GEN/ NS V. MEMO DG » (voir ci-dessous), le Dr Grosskopf aurait personnellement « soigné Saïf al-Islam », l’un des fils du colonel Kadhafi, aujourd’hui emprisonné en Libye. Le mémo fait également état des déboires de l’associé de Takieddine, Abdulrahman el-Assir, victime selon lui d’une tentative d’opération “homo” (élimination physique) à Gstaad, où il résidait.

Ci-dessous, la suite du mémo « GEN/ NS V. MEMO DG », en respectant sa graphie :

——————————–

DIVERS

AR AL ASSIR TENTAT OP HOMO GSTAAD

INTERM FR NORMAND CHARS LECLERC AGRESSION (SOIGNE HOPITAL WELLINGTON A LONDRES)

SOIGNE SAIF AL ISLAM, ET AUTRES DIGNITAIRES LIBAN, AS, LIBYE, SYRIE

ACCOMP ZT / SERT DE FAIRE VALOIR

MEDECIN PERSO DES INTERLOCUTEURS DE ZT

AVANCE ARG (JET…) PR ZT (CB) PAS REMBOURSE

PROMESSES FIN DE ZT NON RESPECTEES.

DG : PROJET CREER UNE SOCIETE OFF SHORE (PB FISCAUX ET ORDRE)

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« Le docteur Grosskopf a suivi M. Takieddine partout dans ses déplacements. Il lui servait de faire valoir, a commenté Jean-Charles Brisard. Il est devenu le médecin de famille de tous ces dirigeants arabes, en Lybie, en Syrie, aux Émirats. Dès qu’il y en avait un qui avait mal quelque part, on l’envoyait. Il a soigné tout le monde… Saïf Al Islam, il a connu le fils et le petit fils de Sultan, de Naïef (deux ministres saoudiens – ndlr)… J’ai une liste. Il l’accompagnait. Il était là dans ses valises. Il a entendu beaucoup de choses ».

« J’ai envie de tout balancer »

MM. Hortefeux et Takieddine, en 2005MM. Hortefeux et Takieddine, en 2005© dr

À l’automne 2006, le marchand d’armes s’est fâché avec son médecin, lui reprochant des honoraires abusifs. Ce que confirme M. Brisard : « Dans un second temps, il l’a attaqué. Il (Grosskopf – ndlr) m’a dit :J’ai envie de tout balancer parce qu’il m’attaque”… Il peut être violent, le garçon (Ziad Takieddinendlr) ». Rencontré par Mediapart fin février, le neurochirurgien a confirmé s’être confié à Jean-Charles Brisard.

Né le 13 mai 1968, Jean-Charles Brisard a débuté sa carrière au cabinet militaire d’Édouard Balladur, alors premier ministre (1993-1995), avant de diriger la “cellule jeunes” de son équipe de campagne pour l’élection présidentielle. M. Brisard a également été l’assistant parlementaire du député RPR Alain Marsaud, de 1993 à 1997.

Il va suivre ce dernier au sein du groupe Vivendi Universal comme adjoint au directeur de l’analyse et la prospective. C’est là qu’il va nouer de solides contacts au sein de la Direction de la surveillance du territoire (aujourd’hui DCRI), avant d’installer en Suisse en 2003 où il « dirige l’enquête internationale des familles des victimes du 11 septembre sur le terrorisme islamiste ». En novembre 2008, il a été décoré de l’Ordre national du Mérite sur le contingent du ministère de l’intérieur.

A l’automne 2011, Jean-Charles Brisard surgit en qualité de témoin dans l’instruction des juges Van Ruymbeke et Le Loire sur l’affaire des ventes d’armes au Pakistan et à l’Arabie saoudite pour évoquer ses fonctions au sein de la campagne Balladur. À ce sujet, Brice Hortefeux apparaît dans un autre mémo rédigé par Brisard.

Ci-dessous, la copie d’un extrait de la liste des mémos donnée par M. Brisard aux enquêteurs et versée au dossier :

Le témoin des remises d’espèces par Brice Hortefeux en 1995,« c’était quelqu’un qui était dans la cellule jeunes et qui a assisté à cela », explique M. Brisard. « Hortefeux donnait des espèces à certaines personnes pour des actions de soutien à la campagne, des tractages », détaille-t-il. Des soupçons qui avaient déjà été évoqués par des témoins lors de l’enquête.

Dans la liste des notes qu’il a communiquée aux enquêteurs, M. Brisard fait aussi figurer quatre fichiers intitulés « EPOC » (Copé à l’envers) concernant Jean-François Copé. Parmi ces mémos, figure la référence d’un compte bancaire ouvert en Suisse en juillet 2005 par Isabelle Copé, la sœur du patron de l’UMP, alors ministre du Budget. Le frère et la sœur sont aujourd’hui associés dans le même cabinet d’avocats.

MM. Copé et TakieddineMM. Copé et Takieddine© (Mediapart)

Ami proche de la famille Copé, M. Brisard avait en effet contribué à l’ouverture du compte d’Isabelle Copé au Crédit suisse. « Les policiers avaient déjà des éléments sur ce compte, assure aujourd’hui M. Brisard. On a échangé là-dessus. Eux me disent : “On a vu votre nom dans un dossier bancaire”. J’ai dit : “Ce ne serait pas un compte ouvert au nom d’Isabelle Copé ?” C’est moi qui avait le contact avec la banque… Moi j’étais résident suisse et client de la banque… J’ai pris contact avec le banquier. Je les ai accompagnés en voiture, j’étais pas là quand ils ont ouvert le compte, j’ai eu la décence d’attendre à l’extérieur. Je n’étais pas dans la pièce avec eux. D’après ce que m’a dit la sœur, ils ont mis quinze mille euros à l’ouverture, et deux ans plus tard, ils l’ont retirés. »

Les policiers ont consigné, dans un procès-verbal du 18 octobre 2011, le témoignage de M. Brisard selon lequel Isabelle Copé et son mari « lui ont précisé que son compte était en fait pour Jean-François Copé, qui lui servirait de compte de passage ». Ce point, dévoilé en novembre par Le Journal du Dimanche, avait été démenti par M. Brisard dans Paris Match quelques jours plus tard.

Interrogé le 12 mars sur TF1, Nicolas Sarkozy a jugé « grotesque »l’hypothèse d’un financement de sa campagne de 2007 par le régime Kadhafi. De son côté, Brice Hortefeux a indiqué à Mediapart, jeudi 15 mars, ne pas être « concerné par le financement de la campagne de 2007 ».

Mediapart

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