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14 milliards de dollars... L’irrésistible ascension des neuroleptiques aux USA...

Dr Alain Cohen | jim.fr | vendredi 16 mars 2012

vendredi 16 mars 2012

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L’irrésistible ascension des neuroleptiques aux USA
Dr Alain Cohen | jim.fr | vendredi 16 mars 2012


En 2009, les dépenses consacrées aux neuroleptiques ont été estimées aux États-Unis à 14 milliards de dollars, atteignant ainsi « le budget de médicaments le plus important. » The American Journal of Psychiatry publie une étude sur cette «  tendance lourde » actuellement observée chez l’Oncle Sam : la prescription croissante de neuroleptiques, y compris chez des patients non psychotiques, en particulier pour des troubles anxieux (anxiety disorders), classiquement justiciables des anxiolytiques.

Portant sur les habitudes de prescription des psychiatres libéraux envers leurs patients ambulatoires, cette enquête concerne un ensemble de 4 166 consultations, réalisées durant une période de douze ans (entre 1996 et 2007). Les auteurs estiment que les propriétés sédatives des neuroleptiques pourraient expliquer en partie ce phénomène, rattaché aussi parfois à une « perspective pharmaco-épidémiologique » où ces médicaments psychotropes sont perçus comme « antineurotiques » (antineurotic, un néologisme impliquant l’idée d’opposition à la « nervosité  ») et « sédatifs hypnotiques », plutôt que comme des «  antipsychotiques » au sens strict.

Les statistiques de prescription confirment cette progression : en analysant deux périodes comparables (1996 à 1999 et 2004 à 2007), la part des neuroleptiques contre les troubles anxieux a été pratiquement doublée, passant de 10,6 % à 21,3 %. Cette évolution pharmacologique intéresse « surtout les nouveaux patients  », peut-être parce qu’il est plus difficile de proposer un tel changement à des sujets habitués depuis longtemps à un type d’ordonnance éprouvé. Toutefois, cette percée ne concerne pas tous les neuroleptiques de façon identique. Si ceux de « seconde génération » (neuroleptiques dits atypiques) sont prescrits quatre fois plus souvent (odds ratio=4,36 ; 3,2–6,0 ; intervalle de confiance 95 % ; p<0,001), la place des produits classiques (neuroleptiques de première génération) tend en revanche à diminuer, passant de 5,8 % entre 1996 et 1997, à environ 1 % entre 2006 et 2007 (odds ratio=0,12 ; 0,1–0,2 ; intervalle de confiance 95 % ; p<0.001).

Cette prédominance croissante des neuroleptiques contre les troubles anxieux s’inscrit d’ailleurs dans une progression plus vaste de leur emploi, puisqu’ils tendent aussi à être prescrits comme thymorégulateurs dans le traitement des accès maniaques.

Dr Alain Cohen

Comer JS et coll. : National trends in the antipsychotic treatment of psychiatric outpatients with anxiety disorders. Am J Psychiatry, 2011 ; 168 :1057–1065.


Voir en ligne : L’irrésistible ascension des neuroleptiques aux USA

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