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L’énergie du désespoir

Olivier Cabanel | agoravox.fr | mardi 6 mars 2012

mardi 6 mars 2012

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L’énergie du désespoir
Olivier Cabanel | agoravox.fr | mardi 6 mars 2012


C’est ainsi qu’il faut appeler l’énergie nucléaire, tant elle a commis en quelques décennies des dégâts qui vont perdurer pendant des siècles, même lorsque le dernier réacteur sera enfin éteint.

Bien sûr, aujourd’hui le nombre de pays qui ont décidé de tourner le dos au nucléaire augmente chaque mois un peu plus : alors que les pays Arabes ont décidé de quitter le nucléaire pour le solaire, l’Italie, la Suisse, l’Allemagne ont aussi fait machine arrière, et l’opinion mondiale est globalement contre l’énergie nucléaire, ce qui n’empêche pas l’autocrate président français d’allonger 1 milliard d’euros supplémentaire pour le nucléaire, mais quoi qu’il en soit, le mal est fait et les dégâts considérables le seront pour longtemps. lien

Il y a des millions d’années, notre planète avait un gisement de plutonium si considérable, que toute vie y était impossible et comme la période de désintégration du plutonium est de 24 110 ans, pour qu’il ait quasi totalement disparu de notre environnement, il aura fallu 4,5 milliards d’années ; Mais en quelques décennies, les jusqu’auboutistes nucléaires viennent d’en refaire un stock considérable. lien

Chaque année, l’industrie nucléaire produit 1150 tonnes de combustible usé qui sont envoyées à l’usine Cogema de La Hague, et 850 tonnes sont traitées annuellement pour en extraire 1% de plutonium, soit 8,5 tonnes par an. lien

La première centrale nucléaire française ayant été inaugurée en 1963 à Chinon (lien), cela va bientôt faire un demi-siècle que nous avons produit, juste pour la France, plus de 400 tonnes de plutonium, dont 1 milligramme suffit à donner la mort lorsqu’il passe dans le sang, alors qu’1 millionième de gramme inhalé suffit à provoquer un cancer. lien

L’une des plus vieille centrale du monde est en Angleterre, à Windscale et elle rejette régulièrement du plutonium dans la Mer d’Irlande, contaminant poissons, crustacés et coquillages...avant de s’en prendre aux hommes.

Greenpeace tenta en vain de fermer la conduite qui plongeant dans la mer y déversait son poison : les exploitants de la centrale firent souder une plaque d’acier afin d’empêcher toute obstruction, et Greenpeace fut condamné devant le tribunal de Londres pour entrave à la bonne marche de l’entreprise à payer 50 000 livres d’amende. (Sciences et Vie page 94)

Au-delà de ces dégâts durables, le lobby nucléaire nous propose un nouveau nucléaire, qui serait propre et sans danger : le Thorium.

Ce qui reste à prouver.

On se souvient des montres qui nous étaient proposées dans les années 50, avec des aiguilles phosphorescentes permettant donc de voir l’heure même en pleine nuit.

On sait aujourd’hui qu’elles posaient un vrai problème, car le matériau utilisé pour permettre cette luminescence était du Radium, et les cadrans émettaient jusqu’à 600 Rem/h mettant ainsi en danger le porteur de la montre.

A l’époque on a eu aussi de l’idée « lumineuse » de placer une source radioactive à la pointe d’un paratonnerre afin de permettre à la foudre de s’y diriger plus facilement.

Ce procédé, dont l’efficacité reste à prouver, a pourtant été breveté et même si aujourd’hui, un arrêté de 1983 l’interdit, il reste aujourd’hui en France 30 000 paratonnerres radioactifs sur les toits de nos maisons. lien

D’autre part, les amateurs de camping ne doivent pas tous savoir que le manchon posé sur les lampes à gaz destinés à produire de la lumière comportent du Thorium, émettant jusqu’à 360 Rem/h. lien

C’est justement ce Thorium que les marchands de nucléaire proposent pour un nouveau type de centrale soi-disant propre et sans danger.

Cette technique chère à Carlo Rubbia, ancien directeur du CERN, lequel a appelé son concept « Rubbiatron  » est basée sur le principe de produire suffisamment d’énergie pour approvisionner l’accélérateur de particules, permettant une plus-value énergétique. lien

Alors la Chine a décidé de se lancer dans cette technologie nucléaire (lien) puisque ce Thorium, est plus abondant que l’Uranium sur notre planète.

Or ce thorium va se transformer en uranium 233 lequel à une période (ou demi-vie) de 159 000 ans. lien

Le thorium 232 est très radiotoxique, à preuve la limite fixée par inhalation (90 Bq/an).

Pourtant sur le papier, ça semble « très joli ».

Kirk Sorensen, expert en Thorium, affirme que dans les centrales au Thorium, une explosion à l’hydrogène, telle celles qui se sont produites à Fukushima, ne peut arriver, puisque ce type d’installation « fonctionne à la pression atmosphérique, et qu’il n’y aurait eu dans ce cas aucune fuite de radioactivité » lien

Mais il oublie au passage qu’une explosion d’hydrogène peut avoir lieu, qu’il y ait, ou pas, une pression atmosphérique.

Si une réaction chimique se produit, il y aura impossibilité de fuite de cet hydrogène et au-delà d’une concentration de plus de 5%, le mélange explose.

Le professeur Robert Cywinksi, de l’université d’Huddersfield affirme « le thorium peut être bombardé de neutrons pour produire une fission, mais sans que cela crée une réaction en chaîne. La fission cesse dès que l’on arrête le rayon de photons ».

Sur le principe, on comprend donc que la réaction devrait s’arrêter d’elle-même en cas d’accident, mais des physiciens se sont penchés sur cette filière, démontrant toute la complexité de cette technologie, en dénonçant un manque évident d’expérience, car si dans les années 70, le Canada et l’Inde, ayant adopté la filière eau lourde/uranium naturel, ont étudié le remplacement de l’uranium par le Thorium dans leurs réacteurs « Candu  », ils ont vite abandonné ce choix, en évoquant que les « temps de doublement » ont été jugés trop longs en comparaison avec ceux des réacteurs rapides.

Il y a bien eu, à Oak Ridge en 1965 un prototype mis en œuvre, mais les physiciens pensent que le cycle Thorium manque cruellement des « quelques 5 décennies de recherche et de développement dont a bénéficié le cycle uranium » (Lien) car en fait ce type de centrale ajoute au risque nucléaire, le risque chimique.

Mais quittons ces apprentis sorciers pour Fukushima, dont on nous annonçait la « situation sous contrôle ».

Le réacteur n°2 fait maintenant des siennes, et a manifestement été l’objet d’un « emballement de réaction » Tepco ayant utilisé de l’acide borique. lien

Au-delà de cet épisode inquiétant, on peut aussi s’interroger sur la volonté du gouvernement japonais de faire réintégrer dans leurs foyers les habitants de communes gravement polluées, situées dans le rayon des 20 km, à Kawauchi, par exemple, et au-delà, alors que les réacteurs de Fukushima continuent allègrement à lâcher encore plus de radioactivité, ce que confirme L’ACRO grâce à ses mesures régulières. lien

En décembre les rejets étaient de l’ordre de 60 millions de becquerels par heure, et en janvier, ils ont dépassé la barre des 70 millions.

D’autre part les cuves de rétention d’eau contaminée sont pleines, et en attente d’un nouvel équipement, plus performant que celui qui a été testé auparavant, TEPCO va être obligé, dès le mois de mars, de rejeter l’eau contaminée en mer.

Au sujet des zones contaminées, les « experts » en décontamination ont pris des mesures discutables, puisqu’avec une caméra cachée, Tomohiko Suziki, journaliste japonais indépendant, s’étant fait engager comme ouvrier sur le site accidenté (lien) a pris des images d’arrosage de foret avec de l’eau contaminée de Fukushima. lien

Au sujet des morts dus à la catastrophe nucléaire, s’il est difficile d’en connaitre le nombre au Japon, aux USA, Joseph Mangano et Janette Sherman, auteurs d’un article paru le 19 décembre 2011 dans le Journal International des services de santé estiment à 14 000 le nombre d’américains morts dans les 14 semaines qui ont suivi la fusion des réacteurs de Fukushima, ce que l’on peut comparer aux 16 500 décès survenus 17 semaines après la catastrophe de Tchernobyl. lien

En attendant, des citoyens japonais ont mesuré jusqu’à 23 300 Bq/kg dans le parc de la Mizumoto à Tokyo. lien

Un an après la catastrophe, à proximité de la centrale, on reçoit encore en 10 heures, la dose annuelle maximale recommandée en France pour la radioactivité naturelle (lien), et on sait aussi que des zones ont été déclarées définitivement inhabitables. lien

Pour la première fois, des images exceptionnelles ont pu être prises par la chaine ANN-News couvrant une bonne part de la zone interdite, qui montre l’ampleur de la catastrophe nucléaire. Vidéo.

En France la transparence n’est toujours pas de mise, puisque c’est seulement 20 jours après que nous avons appris « l’incident » qui a eu lieu au Tricastin. lien

Cet aveuglement nucléaire est à l’origine d’une première française : une chaine humaine longue de 280 km va relier le 11 mars prochain Avignon à Lyon, ce couloir rhodanien ou est concentrée une bonne partie de l’activité nucléaire du pays, et les 80% de Français hostiles au nucléaire et d’ailleurs seront au rendez vous espérant ouvrir les yeux de nos dirigeants actuels et à venir. lien

Pour les départs groupés, c’est sur ce lien.

Comme dit mon vieil ami africain : « la bonne volonté raccourcit le chemin  ».

Un peu d’humour vidéo pour finir sur un sourire.

Le journal genevois « contratom » est sur ce lien

L’image illustrant l’article provient de « viewzone.com »

Merci aux internautes des infos envoyées

Olivier Cabanel

Des informations en continu sur scoop.it, zegreenweb, Fukushima diary, gen4, jiji press, nifty, simplyInfo, radiomap, Japan Time, Mainichi daily news, yomiuri day


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