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Un siècle de fichage -> Expo

| lesinrocks.com | Lundi 26 septembre 2011

jeudi 29 septembre 2011

Du 28 septembre au 26 décembre, les Archives nationales exposent un siècle de fichage des populations par la police, l’employeur et l’administration. aaa

Prendre du recul donne parfois le vertige. A la sortie de l’exposition “Fichés ?”, un photomaton installé dans la cour des Archives nationales propose d’immortaliser la visite en se tirant le portrait, développé sur une fiche-souvenir. A vrai dire, on n’a plus vraiment envie.

Le parcours débute aux prémices de la photographie, vers 1860, et se termine dans les années 1960. Après cette date, les archives sont trop récentes pour être communiquées, et surtout l’arrivée des fichiers informatiques dématérialise les obsolètes feuilles cartonnées utilisées jusque là. En un petit siècle, l’exposition parvient tout de même à mettre en résonance l’évolution des techniques (miniaturisation des appareils-photos, baisse du niveau technique requis pour s’en servir), la standardisation des procédures d’identification et la volonté étatique d’un contrôle généralisé.

Toutes les pièces présentées - registres de police, archives d’entreprise, talons de demandes de passeport, etc. - auraient dû être détruites et ne jamais nous parvenir. Pour diverses raisons, oubliées dans un tiroir ou conservées pour leur valeur patrimoniale, elles ont survécu. Le plus ancien fichier de police présenté a survécu à l’incendie de la préfecture de police pendant la Commune de 1871 : ce gros cahier répertorie les “courtisanes”, décrites et identifiées par des photos, volées dans leurs affaires ou récupérées sur leurs cartes de visite.

Encore balbutiant, l’usage de la photographie à des fins policières prend un virage scientifique avec le “système Bertillon”. En 1879, cet employé de la préfecture de police élabore une système de classement anthropométrique des individus par neuf mesures du corps. Allié aux photos face et profil, le bertillonnage s’exporte dans toute l’Europe et fait encore référence aujourd’hui.

Complète et complexe, l’expo mérite de s’attarder sur les petits détails, comme la mention “bon démagogue” sur la fiche d’Adolf Hitler dressée par le contre-espionnage dans les années 1920 (voir le diaporama ci-dessous)... Ou les renseignements demandés aux Algériens en 1960 sous prétexte de “recensement” : photo tête nue, empreintes digitales, en plus des habituels noms, prénoms et lieu de résidence. Le parcours appelle plusieurs lectures, selon que l’on s’intéresse au public fiché, aux techniques utilisées ou au détournement de certains fichiers pour d’autres usages.

Cliquer sur l’image pour faire défiler le diaporama

http://www.lesinrocks.com/uploads/tx_inrocksttnews/diapo_03.jpg

Même si elle s’arrête en 1960, l’exposition met l’accent sur des tendances lourdes, toujours actuelles. D’abord l’extension permanente des fichiers au-delà de leur vocation initiale. Comme aujourd’hui le Fichier national automatisé des empreintes génétiques (FNAEG), créé par le gouvernement Jospin pour éviter la récidive des criminels sexuels et désormais alimenté par toute sorte de petits délits. Ou comme le Stic, truffé d’erreurs et utilisé pour des enquêtes de moralité.

Autre phénomène de long terme, l’encartement, conçu pour ceux que l’Etat considère comme “déviants” - traditionnellement les nomades, les étrangers, les anarchistes, les prostituées - s’est généralisé à l’ensemble de la population, chaque étape trouvant sa justification dans un état de guerre. C’est ainsi que la Première Guerre mondiale rend obligatoire la carte d’identité pour les étrangers. Vichy l’imposera à tous les Français (elle est désormais facultative). De nos jours la “guerre contre le terrorisme” donne lieu à la fourniture d’informations “biométriques” insérées dans les papiers d’identité.

Faire réfléchir, souligner la routinisation des pratiques de fichage, l’objectif est atteint. En 1931, le chef de bataillon Charles de Gaulle et sa femme Yvonne omettent de fournir une photographie pour leur demande de passeport. Aujourd’hui, ils devraient en donner deux chacun et accepter le relevé de leurs empreintes digitales.

Camille Polloni

“Fichés ?”, Photographie et identification du Second Empire aux années soixante, Archives nationales - Hôtel de Soubise, du 28 septembre au 26 décembre 2011

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Transmis par Agnes
Thu, 29 Sep 2011 01:56:59 +0200

Collectifs Locaux Anti-délation

Voir en ligne : Expo : un siècle de fichage

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